24/10/2009

De nouvelles fiches de promenades à Sprimont et à Louveigné !

L'Office du tourisme de Sprimont-Banneux N-D a publié une série de 9 fiches descriptives de promenades sur le territoire de la commune de Sprimont. Ces fiches (en français et en néerlandais) sont admirablement illustrées et d'un format très pratique. Elles contiennent un commentaire de l'itinéraire à suivre et apportent une description des curiosités que le promeneur pourra rencontrer sur sa route. Un index contient des informations complémentaires sur Sprimont : présentation de la commune, les arbres remarquables, les sites touristiques et remarquables, les bâtiments classés et curiosités et enfin, les grands noms de Sprimont.

Fiches promenades

 

Les fiches, rassemblées dans une boîte de présentation attractive, sont en vente au prix de 5 € à l'office du Tourisme de Sprimont-Banneux N-D, au bureau d'accueil de l'administration communale de Sprimont et au Musée de la Pierre.

Deux promenades à Louveigné

Pour chaque promenade, un panneau de départ donne toute une série d'informations telles que le plan de l'itinéraire, le kilométrage, la difficulté du parcours, le balisage,...

Deux promenades couvrent le territoire de Louveigné et ses alentours. Les panneaux de départ de ces deux promenades sont placés à l'office du Tourisme de Banneux N-D (sanctuaire de Banneux).

L'une des deux promenades (promenade n° 3 - 9 kms) vous fera notamment découvrir le château de Chaityfontaine, les anciennes bornes de Stavelot-Liège (1768), Rouge-Thier, Adzeux, la château des Fawes, et bien sûr Banneux.

La deuxième promenade (promenade n° 4 - 15 kms) vous emmènera dans le centre du village de Louveigné, la chapelle du Troleu, la tour de la dîme, la hé de Stinval, Andoumont, le chemin du Rosaire,...

Vous pourrez vous rendre compte, en parcourant ces itinéraires, que notre région est riche en découvertes et en curiosités !

Bonne promenade ! 

18:54 Écrit par M.ETIENNE dans Tourisme | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

23/10/2009

Le mystère de Coirfalize

Une carte de la commune de Sprimont en main, j’examinais les possibilités de promenade dans les environs de Louveigné. Mon regard fut attiré par l’indication de ruines au lieu-dit Coirfalize, près de Stinval. Intrigué, je m’emparai d’une carte plCarte Coirfalizeus détaillée afin d’en apprendre d’avantage. Sans résultat. J’eus beau parcourir une à une les différentes cartes IGN en ma possession, je ne trouvai nulle part confirmation de la présence de ruines à cet endroit.

[Les ruines de Coirfalize sont mentionnées sur le plan des rues de Sprimont - Office du tourisme de Sprimont - Banneux N-D]

 

Coirfalize 1

[C’est précisément à cet endroit que sont situées les ruines de Coirfalize, aujourd’hui cachées par la végétation]

J’embarquai aussitôt les enfants pour une « chasse au trésor » improvisée et me rendis sur place. J’arrêtai la voiture le long de la rue de Liège, au pied de la rue du Voué. Le but de ma promenade se trouvait au sommet d’un rocher surplombant la rue de Liège et les quelques demeures proches de l’ancienne auberge du soleil. Aucun chemin ni sentier pour y accéder, mais une forte dénivellation, un terrain glissant et un tapis de ronces se dressaient comme autant d’obstacles devant l’objet de mes recherches.

Arrivés au sommet, nous distinguions entre les arbres et les buissons quelques débris de murs faits de pierres plates posées les unes sur les autres, ainsi que quelques pierres de taille couchées dans ce qui ressemblait à un fossé. L’ensemble couvrait une petite surface. Notre chasse au trésor tournait court. Quelque peu déçu de ma découverte, je rentrai chez moi et décidai de remonter le temps en plongeant dans mes archives…

L’examen d’anciennes cartes de Louveigné et ses environs ne fut guère plus instructif. Même sur la carte de Ferraris, établie avec le plus grand soin à une époque déjà lointaine (entre 1771 et 1778), rien n'indiquait clairement la présence d'un édifice au-dessus de Coirfalize.

 Analyse toponymique

Un coup d’œil toponymique allait peut-être m’éclairer. Coirfalize.  Dans sa « Toponymie de la commune de Louveigné » (1 957), E dgard Renard cite, pour Coirfalize, les termes wallons « cwèrfalîhe » ou  « cwèrfalîze » : « promontoire rocheux et boisé, extrémité occidentale des hés d’Lom’gné et di Stinvâ. On dit plus communément al rotche ou al gate d’ôr ». On trouve les premières traces du mot Coirfalize dès 1560 (corpsfallize, corpefallize, corfalize, coirfalixe,…). La falîze, dit-il,  est une roche située au coin, à l’angle. Rien sur une construction quelconque. Edgard Renard termine sa description en mentionnant la légende de la gate d’ôr. 

Coirfalize 2 [La falîze : roche située au coin, à l’angle] 

Coirfalize, terre de légendes

G. Konen relate la légende de la gate d’or de Coirfalize :  Berthe est une jeune fille noble de la famille de Berlo. Elle aime étaler ses richesses et parures. Un jour passe Warleran de Luxembourg, l’infidèle époux d’Ermesinde. Il embobine Berthe par de belles paroles et la promesse de riches parures puis s’en va après avoir abusé d’elle. En punition de son orgueil Berthe aurait été condamnée à venir errer à certaines époques, sous l’apparence d’une chèvre aux cornes d’or sur les débris de la tour, témoin de sa faute…

 Une autre version de l’histoire est reprise en termes succincts dans un ouvrage de J-M. Gilson, « Un Sprimont de légende » (1983), sous le titre : « La gate d’or de Coirfalize ». On y apprend que sur ce rocher aurait été située, selon la légende, l’une des nombreuses demeures des 4 fils Aymon et qu’y serait enfouie la « gate d’or ». Cette gate d’or pouvait rendre fabuleusement riche celui qui parviendrait à l’extraire de sa cachette, pour autant que le travail s’effectue dans le plus grand silence. Un jour, un groupe de paysans était sur le point de la mettre à jour quand l’un d’eux ne put s’empêcher de crier « Nos l’avans ! ». La chèvre redescendit aussitôt dans son trou et entraîna avec elle les paysans qui disparurent à jamais.

 La deuxième version de la légende de la gate d’or ou de la chèvre d’or n’est pas propre à Coirfalize. On la retrouve en de nombreux endroits de Wallonie et même plus loin, avec toutefois quelques variantes. À chaque fois, on associe la chèvre d’or à un trésor, le plus souvent enfoui dans la terre ou caché dans un puits, un souterrain, une grotte.

 Une explication est donnée à propos du mythe de la chèvre d’or. Ainsi, au moyen-âge, les seigneurs qui se sentaient menacés ou en partance pour les croisades avaient coutume de mettre leur or et pierres précieuses dans un sac en peau de chèvre qu’ils dissimulaient dans un puits, un souterrain de leur château ou toute autre cachette. Une chèvre d’or signifierait donc un trésor caché dans une peau de chèvre.

 Sans en tirer de conclusions sur la présence ou non d’un trésor à Coirfalize, pouvais-je au moins en déduire qu’un château avait autrefois existé à cet endroit ? Ce château pouvait-il avoir été, comme le disait la légende, l’une des nombreuses demeures des quatre fils Aymon ? Ces quatre chevaliers, bien connus dans nos contrées, ont sillonné les Ardennes au VIIIème siècle environ, fuyant la colère de Charlemagne dont un neveu fut mortellement blessé par l’un d’eux. Les quatre fils Aymon ont donné leur nom au château d’Amblève dont ils seraient originaires. Aujourd’hui encore, on peut admirer les ruines de ce château qui surplombe la vallée de l’Amblève, à proximité d’Aywaille. L’histoire des quatre fils Aymon fut bien souvent modifiée et déformée au cours des siècles et aujourd’hui, il est bien difficile de séparer la réalité de l’imaginaire et d’en tirer un quelconque enseignement.4-fils-aymon

[Les quatre fils Aymon, représentés ici sur leur célèbre cheval Bayard, ont-ils séjourné dans la tour de Coirfalize ?]

 A ce stade de mes recherches, je pouvais seulement dire que sur les rochers de Coirfalize avait été construit, il y a plusieurs siècles, un édifice de petite dimension à l’origine de quelques légendes médiévales. Ce n’était à vrai dire pas grand chose. J’étais sur le point d’abandonner mes recherches lorsque j’eus la chance de mettre la main sur quelques articles, de source parfois inconnue, mais dont l’analyse présentait un intérêt historique certain.

 Château-fort ou simple tour de garde ?

Certains auteurs prétendent qu’au sommet des rochers de Coirfalize se trouvait le château fortifié de Louveigné. D’autres, plus précis, affirment qu’il s’agissait de la place-forte, la prison[1] et la résidence seigneuriale de Louveigné. La plupart, dont le Dr Louis Thiry, en doutent et ce, en fonction de plusieurs éléments. Ainsi, l’examen des vestiges laisse à penser que l’édifice était de petite dimension, avec un seul fossé de défense. Il était bâti sur un sol schisteux qui ne permettait pas à ses occupants de constituer les réserves et le ravitaillement en eau potable nécessaires à une garnison permanente. C’est principalement pour ces raisons que l’on peut conclure qu’il ne s’agissait pas d’un château-fort ou d’une maison-forte comme celle, toute proche, de la tour Lempereur à Louveigné.

Cette conclusion est confirmée en 1986 lorsque le Dr Bruwier, Echevin de Sprimont, envoie une équipe d’ouvriers sous la responsabilité d’un archéologue pour remettre à jour les fondations. Le travail terminé, l’équipe remet son rapport à Mr Bruwier. Elle n’avait découvert aucun élément permettant d’affirmer qu’il s’agissait d’un château autrefois habité.

Coirfalize 3[Du haut des rochers, la vue est imprenable sur la campagne louveignétoise : Louveigné, Blindef, Sendrogne et même au-delà (comme le château d’eau sur les hauteurs de Cornemont et la centrale à béton de chez Eloy)]

Pour le reste, certaines descriptions des lieux débouchent sur plusieurs hypothèses qui n’ont jamais pu être vérifiées : présence d’une galerie de fuite ou d’une citerne, tour de guet surélevée pouvant servir aux signaux,… Toujours est-il que cet emplacement, à défaut d’être une fortification inexpugnable, était un poste d’observation idéal proche d’un lieu de passage stratégique. L’actuelle rue de Liège était en effet l’une des principales voies carrossables entre Liège et Stavelot ainsi qu’entre la vallée de la Vesdre et celles de l’Ourthe et de l’Amblève. De plus, l’édifice était positionné à l’entrée même du territoire de Louveigné, autrefois enclave de la principauté de Stavelot et étape importante à mi-chemin entre Liège et l’abbaye. Il n’est pas impossible que la position surélevée et dominante de la construction ait permis de communiquer par signaux avec le centre du village de Louveigné afin de prévenir toute incursion ennemie sur le territoire stavelotain.

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits sur ce bout de terre. Au fil des ans, les vestiges de Coirfalize disparaissent et avec eux un petit peu de l’Histoire de notre région. Des incertitudes subsistent. De nombreuses questions restent sans réponse. Le mystère de la tour de Coirfalize et de la gate d’or reste entier…Coirfalize 4

[Les derniers vestiges de la tour de Coirfalize sont à présent recouverts par la végétation]

 

Michel ETIENNE
Avec la collaboration de Maurice SCHYNS et de Didier GREGOIRE



[1] Selon O. Gaspar et A. Lemaire, c’est là qu’auraient été enfermés en 1448, Jacques de Horne, Raes de Waroux, Nicolas de Cortemback et d’autres chefs liégeois, faits prisonniers à Haccourt après la bataille du Pont des Arches à Liège.

 

 

09:30 Écrit par M.ETIENNE dans Histoire et patrimoine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |